Camille Fournier

Une boîte au parcours mystérieux
En janvier 2026, un particulier a fait don à la Cinémathèque suisse d'une boîte contenant principalement des photographies personnelles de l'actrice suisse Camille Fournier. Le régisseur des collections non-film de la Cinémathèque a rapidement identifié l’intérêt de cet ensemble pour l’histoire du théâtre et proposé de le transmettre à la Fondation SAPA, mieux à même de l'accueillir et de le documenter.
Mais une question demeure : comment cette boîte est-elle arrivée chez le donateur ?
Celui-ci l’avait retrouvée dans l’appartement de sa mère, aujourd’hui décédée. Il suppose que celle-ci, ou sa tante, aurait pu récupérer les photographies dans le cadre de leur activité d’aide à domicile. Aucun document ne permet toutefois, à ce jour, de confirmer cette hypothèse.
Le parcours des photographies avant leur arrivée à la Cinémathèque suisse puis à SAPA reste donc en partie mystérieux. Cette incertitude fait elle-même partie de l’histoire du fonds. Elle rappelle que les archives ont souvent une vie avant l’institution qui les conserve : elles peuvent être transmises, déplacées, oubliées ou redécouvertes, parfois plusieurs décennies plus tard.
Reconstituer une histoire à partir d'indices
À son arrivée à SAPA, la boîte contenait des photographies conservées en vrac et accompagnées de peu d’informations. Le travail de traitement a dès lors pris la forme d’une véritable enquête.
Il a d’abord fallu observer attentivement chaque photographie, repérer les ressemblances, les décors, les costumes, les personnes représentées et les éventuelles annotations au verso. L’objectif était de déterminer quels clichés pouvaient appartenir à une même production, à une même période ou à un même contexte.
Certaines photographies comportaient des indications précieuses. Un nom, un titre ou quelques mots inscrits au verso ont parfois suffi à identifier une pièce ou un film et à rattacher plusieurs images à une même production. D’autres photographies, en revanche, ne comportaient aucune indication ou seulement des informations trop fragmentaires pour permettre une identification immédiate.
C’est alors que commence le véritable travail d’enquête : chercher ailleurs les informations absentes des documents eux-mêmes. Les photographies peuvent être confrontées à des bases de données, à des programmes de spectacles, à des biographies, à la presse de l’époque ou à des sources disponibles en ligne. Un décor, un costume, un partenaire de scène ou encore la composition d’une image peuvent devenir autant d’indices permettant de remonter jusqu’à une production ou à un lieu.
Une carrière à reconstituer
Le fonds couvre la période 1922-1989 et témoigne de la carrière de Camille Fournier et de certains aspects de sa vie privée. Il contient près de 296 photographies en noir et blanc, des photographies au format carte postale, des coupures de presse, des documents officiels et notes. Les images montrent notamment l’actrice sur scène, en coulisses ou posant en costume.
Camille Fournier ayant également mené une partie de sa carrière en France, notamment au cinéma et dans le théâtre parisien, certaines pistes pourraient être poursuivies au-delà des sources conservées en Suisse. La Cinémathèque française, la Bibliothèque nationale de France – notamment son département des Arts du spectacle – ou encore la presse spécialisée de l’époque pourraient apporter de nouveaux éléments sur les productions représentées dans le fonds, mais aussi sur le parcours de l’actrice.
De la boîte à chaussures aux archives
Une fois le tri et l’inventaire achevés, les photographies ont été reconditionnées dans des pochettes, séparateurs et dossiers spécialement conçus pour leur conservation, à l’aide de matériaux non acides. Elles ont ensuite été rangées dans une boîte de conservation numérotée et intégrées aux collections de la Fondation SAPA.
Certains éléments ont été retirés du fonds : photographies en double, un cadre en bois et verre, ainsi que des coupures de presse en double.
Une enquête à poursuivre
Le fonds de Camille Fournier est librement consultable au bureau de Lausanne et accessible en ligne.
Mais l’enquête reste ouverte. D’où provenaient précisément les photographies ? Qui les a conservées avant leur arrivée chez le donateur ? Qui sont les personnes représentées sur les clichés encore anonymes ? Quelles productions se cachent derrière les images non identifiées ? Existe-t-il, en Suisse ou en France, d’autres documents permettant de compléter cette histoire ?
Autant de questions auxquelles de futures recherches pourront peut-être répondre.
Car conserver un fonds d’archives, c’est aussi préserver les questions qu’il contient — et donner aux générations futures les moyens de poursuivre l’enquête.